Arrêt de la revue « Le Débat » : Quand l’historien Pierre Nora décrit la fin d’un monde

Arrêt de la revue « Le Débat » : Quand l’historien Pierre Nora décrit la fin d’un monde

29 août 2020 | Europe Info France

Pierre Nora n’est pas connu pour être un homme de droite, mais il semblerait que les temps actuels bousculent bien des choses. L’historien a annoncé ce samedi qu’il mettait fin à sa revue « Le Débat » après quarante années d’existence. Dans une interview, il en explique les raisons.

Le Débat, un dialogue démocratique de plus en plus difficile

Après quarante années d’existence, la revue « Le Débat », fondée par Pierre Nora et Marcel Gauchet, cessera donc de paraître. La raison de cette décision n’est pas financière, mais plutôt intellectuelle. Créée en 1980, cette revue avait pour but de favoriser le débat d’idées sur les thématiques historiques, politiques et sociétales.

Un débat qui, selon Pierre Nora, devient de plus en plus difficile. En cause, entre autres, un « gauchissement de l’idéologie radicale […]. La radicalité est devenue un trait majeur. Les sensibilités des communautés et des minorités imposent leurs revendications ».

Historien des mémoires, Pierre Nora décrit également une évolution mémorielle conflictuelle. Dans les années 70, la mémoire n’était pas en opposition avec l’Histoire. Mais à partir des années 90, la mémoire est omniprésente et quotidienne. Elle perd son caractère sacré et devient une « routine ».

Pire, aujourd’hui, cette mémoire est désormais décrite par Pierre Nora comme « agressive » sur des questions liées au féminisme et à la colonisation. La mémoire devient un enjeu guerrier, alors que l’Histoire, elle, s’efface et ne devient qu’un « prétexte, récupérée, fétichisée pour des raisons idéologiques ».

Oraison funèbre du vieux monde

A travers ce témoignage, Pierre Nora ne cache pas un certain chagrin. Ce qu’il décrit n’est, ni plus, ni moins, que l’oraison funèbre d’un monde qui disparaît un peu plus chaque jour. Mais comme il le dit lui-même, le nouveau monde « n’est pas meilleur ».

Cet acte de décès venant d’un intellectuel français de gauche mérite d’être lu et relu. Les apôtres du « monde d’après », les baratineurs des plateaux de télévision, comprendront peut-être, il faut l’espérer, que l’avenir qu’ils nous préparent sera bien sombre.