Ce vaccin non-obligatoire qui pourrait être imposé

Ce vaccin non-obligatoire qui pourrait être imposé

3 juillet 2021 | Europe Info France, Tribunes

Alors que le variant Delta progresse en Europe, l’idée d’une vaccination obligatoire fait son chemin. Le Premier ministre a annoncé mercredi, une consultation des élus sur le sujet et le gouvernement planche sur un projet de loi qui concernerait les soignants. Du moins dans un premier temps ?

De variant en variant, le covid n’a pas dit son dernier mot. En Europe, le nombre de cas a augmenté de 10 %, déplore l’OMS. Après avoir franchi, mercredi, la barre des 2 000 nouveaux contaminés en vingt-quatre heures, le Portugal a rétabli un couvre-feu nocturne. En France, l’accalmie pourrait être de courte durée : le variant Delta beaucoup plus transmissible que le virus initial pourrait représenter 90 % des diagnostics fin août. L’institut Pasteur estime que si la couverture vaccinale ne s’améliore pas, et qu’aucune restriction n’est prise à la rentrée, il y aura « un pic d’hospitalisations comparable à celui de l’automne 2020 ».

Face à la menace d’une quatrième vague, une petite musique lancinante commence donc à se faire entendre : sans vaccin, point de salut. Désormais, les non vaccinés sont considérés au mieux comme des pestiférés à ne pas fréquenter. Au pire, comme des irresponsables. Emmanuel Lechypre s’est ainsi permis de déclarer sur RMC : « les non vaccinés ce sont des dangers publics… Donc je fais tout pour en faire des parias de la société… Moi je vous ferais emmener par deux policiers au centre de vaccination ! » Comme quoi le vaccin peut rendre certains, complètement dingues.

Vaccination obligatoire pour les soignants

Les premiers à être dans le viseur, ce sont les soignants. « Seuls 57 % des professionnels des Ehpad et 64 % des professionnels des établissements de santé ont reçu au moins une dose de vaccin », souligne la Fédération hospitalière de France, qui appelle à leur vaccination obligatoire, comme le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale. De là à envisager une généralisation de la contrainte, il n’y a qu’un pas qui emprunte d’abord la voie de la pression. La Commission informatique et liberté a déjà donné l’autorisation aux médecins de communiquer les fichiers de patients non vaccinés aux caisses primaires d’assurance maladie, chargées de les contacter un par un.

Dominique Le Guludec, présidente de la Haute Autorité de Santé vient de déclarer qu’il faut « envisager » l’obligation vaccinale pour la population générale, soit aux plus de 12 ans. L’exécutif lui, est dans les starting-blocks. Loin de la promesse automnale de Macron (« Je ne rendrai pas la vaccination obligatoire »), enterrée avec les feuilles mortes, Castex a adressé un courrier aux forces politiques et associations d’élus pour lancer le débat. Outre l’instauration de la vaccination obligatoire pour les soignants, d’autres mesures sont sur la table : le durcissement des mesures d’isolement, l’élargissement du pass sanitaire afin d’ajouter des contraintes pour les personnes non vaccinées ou encore la fin à la gratuité de certains tests PCR. Les bases d’une proposition de loi sont prêtes. En cas de feu vert des présidents de groupe, les débats pourraient être inscrits à l’agenda parlementaire illico presto, pour une mise en application dès l’été… de ce que les députés et sénateurs accepteraient de voter. Un arrêt récent de la Cour européenne des droits de l’homme pourrait peser dans le débat. L’instance, saisie par des parents tchèques dont les enfants avaient été refusés par des écoles, faute d’avoir été vaccinés, a estimé le 8 avril dernier que la vaccination obligatoire est – tenez-vous bien – « nécessaire dans une société démocratique. »

Vers une dictature sanitaire

Le gouvernement de tous les mensonges et de tous les ratages dans la lutte contre la pandémie invente une horrible police vaccinale : après les flops sanitaires, les flics sanitaires. On sait que la gamme des vaccins disponibles n’est pas la panacée. On sait que l’autorisation de mise en marché donnée aux fabricants en procédure accélérée par l’Agence européenne des médicaments est conditionnelle et repose sur la remise de rapports finaux des études cliniques d’ici un à deux ans. On ignore encore beaucoup de choses sur les vaccins, faute de recul sur leur efficacité et sur leurs effets secondaires potentiels à long terme. Mais quand bien même, chacun a le droit de refuser d’être vacciné.

Au nom de la réduction du risque de saturation des hôpitaux, désespérément dépourvus de lits en nombre suffisant, et d’une stratégie qui privilégie le vaccin au traitement, nos dirigeants ont imposé des mesures qui n’avaient même pas été prises sous la grippe espagnole, révélant une inquiétante dérive autoritaire. Dans une démocratie, le respect des libertés doit guider l’action publique. Cela implique qu’un gouvernement qui promeut l’idéal démocratique doit subordonner autant que possible la lutte sanitaire au maintien des libertés publiques, et non l’inverse. En février, 24 intellectuels avaient signé une tribune dans laquelle ils estimaient que les attaques contre les libertés individuelles, au prétexte de lutter contre le virus, exposaient nos sociétés à des maux plus grands qu’une épidémie imparfaitement maîtrisée. Cette réflexion a poussé le philosophe André Comte-Sponville à déclarer qu’il préférait attraper le covid dans la démocratie que de ne pas l’attraper dans une dictature. En ce sens, il a raison : nos gouvernants ne sont pas loin d’importer le modèle chinois qu’ils dénoncent.

Parler Franc

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