Concerts tests en Europe : la France a encore un train de retard !

Espagne, Pays-Bas, Allemagne : partout en Europe, les expériences s’enchaînent depuis plusieurs mois pour accélérer le retour des concerts. Sauf en France où la culture attend encore de se remettre sur les rails.

Imaginez 5 000 personnes, dansant presque au coude-à-coude, au rythme d’un concert de rock, en pleine pandémie. Ce qui s’apparente aujourd’hui à un rêve, en Europe ou ailleurs, est devenu réalité en Espagne le 27 mars dernier, dans le cadre d’une manifestation test. L’objectif ? Vérifier que de tels rassemblements, encadrés par de strictes mesures sanitaires – test antigénique préalable, port d’un masque FFP2, ventilation optimisée –, étaient possibles malgré la covid.

Pari gagné. Deux semaines plus tard, les tests PCR auxquels se sont soumis tous les participants ont montré qu’« il n’y a aucun signe qui suggère qu’une transmission a eu lieu pendant l’événement », a déclaré Josep Maria Llibre, médecin de l’hôpital Germans Trias i Pujol de Badalone.

Fortiches les Espagnols ? Ils ne sont pas les seuls ! A Berlin, une dizaine de salles de spectacle ont participé au programme test de la ville, et les Pays-Bas ont orchestré sept expériences similaires. En démontrant qu’aucun cluster n’était apparu, tous ces travaux scientifiques ont ouvert de véritables perspectives, au monde européen de la culture.

Appel à l’aide

Pendant ce temps, comme à son habitude, la France reste à la traîne. L’organisation de concerts tests avance à la vitesse d’une limace dopée aux tranquillisants. Si l’idée est dans les tuyaux depuis octobre dernier, il a fallu attendre mi-février pour que la ministre de la culture, Roselyne Bachelot, donne son feu vert à deux essais : l’un à Marseille ; l’autre à Paris. En dignes Arlésiennes, ces expérimentations ont été sans cesse repoussées. Aujourd’hui, la date du 29 mai à Bercy est évoquée et s’oriente vers un concert d’Indochine labellisé « priorité nationale de recherche. »

Une piètre mise en bouche pour des organisateurs de spectacles qui restent sur leur faim. Symboles du mille-feuille administratif à la française, les protocoles sont en cours d’écriture. Pour être validés, ils devront obtenir l’aval de comités d’éthique et de protection de la personne et l’avis de la nouvelle Agence nationale de recherche sur le sida et les maladies infectieuses émergentes. Cerise sur le gâteau, les préfets des villes concernées devront aussi donner leur aval. Et l’autorisation finale nécessitera la publication d’un décret…

En désespoir de cause, le syndicat des producteurs du spectacle musical et de variété a tiré la sonnette d’alarme dans un courrier adressé à Emmanuel Macron. « Nous travaillons depuis plusieurs semaines avec l’AP-HP (l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris) à une expérimentation. Mais pour que ce concert test puisse voir le jour, il faut que le protocole soit validé. Monsieur le président, nous avons besoin de votre aide. »

Retard dans les concerts tests

Parallèlement, le rapport de la « mission commune d’information destinée à évaluer les effets des mesures prises ou envisagées en matière de confinement ou de restriction d’activités » pour le secteur culturel, l’a rappelé : selon une étude de l’Institut Pasteur, « la fréquentation des lieux culturels n’est pas associée à un sur risque d’infection par le coronavirus. » La même mission a reproché au gouvernement d’avoir pris du retard dans l’organisation de concerts tests, « seule mesure permettant d’envisager un futur aux festivals et lieux de concerts. »

Bien vu, même si la dite mission, constituée en décembre 2020, a mis quatre mois avant de présenter ses recommandations.

A ce stade, pourquoi d’ailleurs, organiser des concerts tests ? Compte tenu des délais nécessaires pour évaluer les effets d’expérimentations qui ont fait leur preuve partout ailleurs en Europe, les résultats pourraient n’être connus qu’au mois de juin. Autant dire après la bataille, comme le pense le médecin Martin Blachier, invité dans La Matinale de CNews le 28 avril. « Nous sommes le dernier pays à le faire […] Je trouve que c’est un peu ridicule […] On devrait être déjà en train de valider le protocole de réouverture de ces salles. »

La culture navigue à vue depuis bientôt un an et demi. De nombreux festivals estivaux ont jeté l’éponge : Solidays, Hellfest, Garorock, les Francofolies, les Eurockéennes, pour ne citer qu’eux. Les autres ne savent toujours pas sur quel pied danser. Ne les laissons pas sombrer.

Parler Franc

La newsletter de Gilbert Collard