Dupond-Moretti : de la garde des Sceaux à la garde à vue ?

Dupond-Moretti : de la garde des Sceaux à la garde à vue ?

9 juillet 2021 | Europe Info France, Tribunes

Dans le ciel de Dupond-Moretti, les nuages s’amoncellent et le temps tourne à l’orage. Souvenez-vous, il n’y a encore pas si longtemps, le ministre médiatique de Macron fanfaronnait en sillonnant les routes du Nord, où il voulait mener sa croisade anti-RN. On allait voir ce qu’on allait voir, le terrible « Acquitator » allait bouter Marine hors des Hauts-de-France !

Le résultat fut sans appel, et la liste de La République En Marche n’a même pas atteint la barre des 10 % lui permettant d’accéder au second tour. Une défaite cinglante qui valut à Dupond-Moretti un grandiose « commence par gagner une élection » de la part de son collègue ministre Darmanin.

La Justice perquisitionne le ministère de la… Justice !

Mais après cette humiliation, voilà que le ministre de la Justice doit faire face à … la Justice ! Ce sont, en effet, trois magistrats de la Cour de Justice de la République (CJR) et plusieurs dizaines de gendarmes qui sont venus taper à la porte de son ministère ce lundi.

Que lui est-il reproché ? L’affaire remonte à septembre 2020, lorsque Dupond-Moretti, ministre depuis deux mois seulement, saisit l’Inspection Générale des Services pour demander une enquête administrative à l’encontre de trois magistrats du Parquet National Financier au sujet de l’affaire dite « des fadettes ». Tous les trois avaient participé à l’enquête préliminaire visant à identifier qui aurait pu prévenir Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog qu’ils avaient été mis sur écoute dans le cadre d’une affaire de corruption. Le PNF avait alors analysé les relevés téléphoniques de Thierry Herzog et de certains de ses proches, dont Éric Dupond-Moretti. 

Les investigations de la CJR concernent aussi une enquête administrative lancée par Éric Dupond-Moretti, visant cette fois l’ancien juge d’instruction Édouard Levrault. Avant de devenir ministre, Dupond-Moretti avait été l’avocat d’un haut policier monégasque mis en examen par ce magistrat, dont il avait critiqué les méthodes de « cow-boy ».

Le ministre de la Justice a-t-il profité de ses fonctions pour régler ses comptes d’avocat avec des magistrats ? Ou bien les magistrats, dont certains avaient considéré la nomination d’« Acquitator » comme une déclaration de guerre, ont-ils déclenché les hostilités ?

En tout cas, voilà que le bureau du ministre est pris d’assaut par les magistrats, qui iront jusqu’à faire ouvrir à la disqueuse de vieux coffres-forts… vides !

Quel avenir pour Dupond-Moretti ?

Mais l’affaire ne s’arrête pas là, et le garde des Sceaux est convoqué le 16 juillet en vue d’une possible mise en examen. Les précédents sont rares : on peut citer, en 2002, Renaud Donnedieu de Vabres qui a été nommé ministre des Affaires européennes alors qu’il était déjà mis en examen pour « blanchiment d’argent » et « infraction à la législation sur le financement des partis politiques », mais celui-ci finira par démissionner. Un exemple à suivre, peut-être ?

Car oui, si la perquisition d’un ministère, c’est rarissime, un ministre mis en examen alors qu’il est membre du Gouvernement, ça fait vraiment mauvais genre ! Et si en plus ce ministre « oublie » de déclarer 300 000 € au fisc, là ça devient vraiment scandaleux !

Dupond-Moretti devait être un poids lourd du Gouvernement, le voilà devenu son poids mort…

Parler Franc

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