Fêtons La Fontaine, l’homme à fables

Fêtons La Fontaine, l’homme à fables

9 juillet 2021 | Europe Info France, Tribunes

Ses écrits indémodables font partie intégrante du patrimoine littéraire européen : ce 8 juillet 2021 marquait le 400ème anniversaire de la naissance du fabuleux fabuliste Jean de La Fontaine.

La Cigale et la Fourmi, Le Lièvre et la Tortue, Le Corbeau et le Renard… Traduites notamment en anglais, les 243 fables publiées par Jean de La Fontaine de 1668 à 1693, ont inspiré nombre de fabulistes européens des XVIIIe et XIXe siècles, tels l’Espagnol Félix Maria Samaniego.

En France, dans le palmarès des auteurs classiques les plus vendus en 2018 selon l’institut d’études GfK, La Fontaine figurait parmi les premiers, avec une moyenne de plus de 100 000 exemplaires, derrière Maupassant, Molière, Zola et Hugo. Aujourd’hui, pas moins de 335 écoles, collèges et lycées portent son nom. De génération en génération, les élèves n’ont pas cessé d’étudier son œuvre si bien qu’aujourd’hui, rares sont les Français incapables de citer le titre d’au moins une fable de La Fontaine ou de se souvenir de quelques vers par cœur.

Comment expliquer un tel succès ? D’abord parce que La Fontaine a su hisser à un niveau exceptionnel, un genre qui jusqu’alors n’avait aucune dignité littéraire. Un genre cantonné depuis le Moyen Age à un enseignement universitaire en latin et qu’il rendit populaire. Moraliste, et non pas moralisateur, il pose un regard lucide sur la nature humaine, et se sert d’animaux, comme il le disait lui-même, « pour instruire les hommes ». Il réussit ainsi à parler à tous : aux enfants, à ceux qui le sont restés, comme aux adultes. Chacun y trouve un niveau de lecture adapté car sous l’apparente simplicité du récit se cachent un second degré et des allusions sophistiquées. Source de réflexions philosophiques pour les lettrés qui débattent de ses œuvres comme ils le feraient de Racine ou de Molière, ses fables sont aussi un puit de bon sens. Certaines maximes sont ainsi entrées dans le langage courant : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ; La raison du plus fort est toujours la meilleure ; Si ce n’est toi, c’est donc ton frère ; Rien ne sert de courir ; il faut partir à point ; Tel est pris qui croyait prendre ; Aide-toi le Ciel t’aidera, Ventre affamé n’a point d’oreilles ; Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », etc.

Des fables aux écrits coquins

Ce que l’on sait moins, c’est que La Fontaine n’était pas qu’un fabuliste. Esprit libre et singulier, présenté par certains comme le plus grand poète lyrique du XVIIe siècle, il a exploré tous les genres, du théâtre au roman, des comédies aux livrets d’opéras, tout en écrivant de nombreux contes à ne pas mettre entre toutes les mains. Passionné par les femmes, il collectionna les aventures et fut de son vivant, plus connu comme auteur licencieux, doué pour un art scriptural galant – pour ne pas dire paillard – réprouvé par l’Église, condamné par la cour mais apprécié par les femmes de lettres telles que Madame de La Fayette ou Madeleine de Scudéry. En 1675, le ministre Colbert fit même saisir le deuxième opus de ses écrits coquins pour « outrage à l’honnêteté publique. »

Quant à sa vie, elle est digne d’un roman. Issu non pas d’une famille noble, mais bourgeoise de Château-Thierry, Jean de La Fontaine fut placé par ses parents à l’Oratoire dans l’espoir qu’il devienne prêtre. C’était sans compter son amour pour la lecture de Rabelais plutôt que celle de Saint-Augustin ! En partant étudier le droit à Paris, il côtoya les cercles littéraires tout en décrochant son diplôme d’avocat. Devenu maître des Eaux et Forêts comme son père, son contact avec la nature ne fut pas sans influence sur ses fables. Jugeant que cela l’aiderait à franchir plus facilement les portes du monde des lettres, le poète né Delafontaine, modifia l’orthographe de son nom. Tour à tour protégé de Fouquet, de la duchesse d’Orléans ou de Marguerite de La Sablière, il fut tenu paradoxalement loin de la Cour avant de terminer sa carrière en académicien au service de Louis XIV. Plus cigale que fourmi, il dilapida son argent. Et finit sa vie en dévorant les Évangiles.

Jean de La Fontaine avait-il pressenti que son œuvre traverserait les siècles en conservant une étonnante modernité ? On peut le penser à la lecture de sa dernière fable qui se conclut par ses mots : « Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir. » Il ne croyait pas si bien dire.

Parler Franc

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