Harkis et Européens d’Algérie : une histoire bafouée qui doit être reconnue !

Quelques jours à peine après que des eurodéputés aient alerté le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, sur des cas de tortures et d’abus à l’encontre d’opposants politiques en Algérie, Emmanuel Macron a décidé, « au nom de la France », de se mettre une nouvelle fois à plat-ventre devant le gouvernement FLN algérien, en reconnaissant l’assassinat par l’armée française de l’avocat algérien Ali Boumendjel lors de la guerre d’Algérie. Un énième acte d’auto-flagellation historique qui s’inscrit parfaitement dans une politique mémorielle à sens unique et amnésique du sort des Harkis et des Européens d’Algérie.

Le rapport Stora, un nouveau pas dans la repentance

Le rapport de l’historien Benjamin Stora sur « les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie » a ouvert une nouvelle phase mémorielle pour la France vis-à-vis de la guerre d’Algérie. Malheureusement, le sort des Harkis et des Européens semble, une nouvelle fois, être passé sous silence, ou presque. A peine Stora préconise-t-il un « geste » : « l’inclusion dans le décret du 26 septembre 2003 instituant une journée nationale d’hommage aux morts pour la France pendant la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie d’un paragraphe dédié au souvenir et à l’œuvre des femmes et des hommes qui ont vécu dans des territoires autrefois français et qui ont cru devoir les quitter à la suite de leur accession à la souveraineté ».

On appréciera la mention « qui ont cru devoir les quitter », comme si ces hommes et ces femmes s’étaient trompés, qu’ils auraient pu rester en Algérie. Stora a-t-il oublié le massacre du 5 juillet 1962 ? Les civils européens pourchassés dans les rues d’Oran, mutilés, abattus… Et les milliers de disparus dont on ignore encore aujourd’hui ce qu’ils sont devenus ?

Réclamons la reconnaissance des crimes contre les Harkis et les Européens d’Algérie !

Plutôt que de tenter par tous les moyens de se glisser l’Algérie et sa diaspora dans la poche, Macron ne serait-il pas plus dans son rôle de chef d’Etat en réclamant de l’Algérie une reconnaissance des crimes du FLN ? Encore faudrait-il que la France reconnaisse elle-même l’existence officielle de ces crimes ! En 2015, le secrétaire d’État aux anciens combattants présentait le massacre d’Oran comme un simple « débordement » : des centaines de morts, des milliers de blessés et de disparus !!!

Oui, la guerre d’Algérie a laissé de profondes blessures des deux côtés de la Méditerranée. Mais si l’on espère un jour que ces blessures cicatrisent, il est, plus que jamais, nécessaire de traiter toutes les mémoires avec égalité. En multipliant les reconnaissances pour les uns tout en bafouant l’Histoire des autres, la France ne pourra jamais en finir avec ses vieux démons des deux rives !

Parler Franc

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