Hymne à la musique

Hymne à la musique

Le claveciniste et chef de chœur François Grenier a tiré sa révérence. Une triste nouvelle qui illustre le désespoir dans lequel la covid plonge de nombreux musiciens en Europe. A nous de ne pas les laisser sombrer.

Il avait 39 ans et un talent fou. Sans scène. Sans perspectives. Pour ainsi dire privé d’oxygène, François Grenier, claveciniste, chef de chœur et fabuleux interprète de Bach s’est donné la mort. Parce que la musique était sa vie.

Né le 2 novembre 1981 dans une famille où personne ne jouait d’un instrument, le jeune François avait trouvé très tôt sa vocation, accrochant à son cursus comme d’autres les perles à un collier, des études de piano, clavecin, musique ancienne, chant, écriture et musicologie à Valenciennes puis au Conservatoire et à l’Université de Lille, et enfin de direction de chœur au Conservatoire royal de Mons en Belgique. Il menait depuis, avec brio, une double carrière de chef de chœur (Chapelle des Flandres, Chœur Régional Haut de France, Le Madrigal de Lille, Atelier Choral du conservatoire de Tourcoing, Maîtrise Boréale) et de claveciniste, pratiquant un vaste répertoire du Moyen-Age à la création contemporaine.

Blues des musiciens

Cette saison s’annonçait la plus importante dans l’histoire de l’ensemble de musique ancienne Hemiolia qu’il dirigeait, avec des tournées prévues en Bolivie ou au Québec. Hélas, la covid est passée par là. Ce virus qui tue aussi la musique, file le blues aux plus joyeux des artistes et flingue sans pitié, les êtres à fleur de peau.

Dans La Lettre du Musicien, la violoncelliste Claire Lamquet, collègue et amie de François Grenier témoigne : « Il était tellement triste des annulations de concert. Il ne les supportait plus », jusqu’à les « ressasser ». Il redoutait aussi que l’année blanche pour l’intermittence du spectacle ne soit pas prolongée. « À sa famille, il disait qu’il risquait de ne plus pouvoir payer son loyer, qu’il devrait aller travailler en supermarché. »

En Europe, aujourd’hui, combien sont-ils à avoir dû recourir à d’autres activités afin de boucler leurs fins de mois ? Réduits à un océan de silence, submergés par la précarité : combien de destins d’artistes auront été ainsi sacrifiés sur l’autel de la crise sanitaire ?

Trait d’union européen

Reléguée au rang des biens non-essentiels, la musique est pourtant capitale. Alors rendons hommage à François Grenier autrement que par un requiem. Ouvrons grand nos oreilles. Célébrons la musique.

Elle rythme les moments inoubliables de notre vie et donne une autre tonalité à chacun de nos jours. Elle n’a pas besoin de mots pour se faire comprendre et parle mieux qu’un long discours. Elle ne connaît pas non plus les frontières, au diapason de la devise de l’UE : « Unie dans la diversité ». D’ailleurs, souvenez-vous : Chopin ou Mozart ont séduit les cœurs et les cours d’Europe bien avant la création de l’Union européenne. La naissance du concours européen de la chanson (L’Eurovision) a précédé d’un an, celle du Traité de Rome. Quant à l’hymne européen, l’Ode à la Joie de Beethoven, n’est-il pas un morceau essentiel de l’identité européenne ?

En avant la musique !

Parler Franc

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