Immigration : le tour de vis opportuniste de Macron

Immigration : le tour de vis opportuniste de Macron

Lors d’une réunion le 9 juin à l’Élysée, le chef de l’Etat a demandé à ses ministres, plus de fermeté sur l’expulsion des étrangers irréguliers. Et pour cause : les flux migratoires repartent de plus belle en Europe comme en France, obligeant Macron à bomber le torse.

Vite, vite, tournons la page. Comment faire oublier l’épisode humiliant du soufflet présidentiel, si ce n’est en ouvrant un nouveau chapitre qui glorifie la fermeté du chef de l’Etat en matière d’immigration.

Cette semaine, Macron a présidé une réunion interministérielle sur cette question devenue essentielle aux yeux des Français. 69 % d’entre eux se disent en effet opposés à une hausse de l’immigration afin de contrer le déclin démographique en France, selon un sondage de l’institut CSA pour Cnews.

« Pendant la crise sanitaire, les flux migratoires se sont considérablement réduits, constate l’Élysée. Mais à la sortie, nous nous attendons à une reprise de la pression migratoire pour l’ensemble des pays européens ». Dont la France, entrée en pleine année de campagne présidentielle. « Les demandes d’asile sont de plus en plus détournées : les étrangers demandent systématiquement l’asile en sachant que l’examen de leur dossier dure plusieurs mois et qu’ils sont pris en charge de manière très avantageuse » poursuit un conseiller de l’Elysée, qui semble avoir retrouvé l’esprit et la vue.

Or, poursuit-il, force est de constater que « le taux d’acceptabilité de l’immigration dans notre pays, et dans les autres pays européens, est de plus en plus bas. »

Double jeu sur la question de l’immigration

Il n’en fallait pas moins pour que le Président sonne le branle-bas de combat. Castex, Darmanin, Le Drian, et Dupond-Moretti – finalement représenté par sa directrice de cabinet – : tous ont été priés « d’activer de manière volontariste les dispositifs en vigueur » – on en déduit que ce n’était pas encore le cas – et d’intensifier les négociations avec les pays d’origine. Mieux vaut tard que jamais. Après quatre ans de léthargie complice, Macron feint de se réveiller pour ne pas se faire expulser de l’Elysée.

Souffrirait-il d’un dédoublement de la personnalité ? Sa soudaine position de fermeté tranche avec la bienveillance qu’il a affichée sur le sujet, avant, pendant et après la dernière campagne présidentielle. Souvenons-nous.

En avril 2016, alors que la crise des migrants bat son plein, il estime dans le quotidien Le Soir que « les réfugiés sont une force. »

En janvier 2017, le candidat enfonce le clou, cette fois dans les colonnes du Monde : « La chancelière Merkel et la société allemande dans son ensemble ont été à la hauteur de nos valeurs communes (…) en accueillant des réfugiés en détresse. » Il en profite alors pour dénoncer l’« abjecte simplification » de ceux qui affirment qu’« en ouvrant ses frontières aux migrants, la chancelière aurait exposé l’Europe aux pires dangers ».

La palme de la mauvaise foi revient à sa déclaration dans l’hebdomadaire Réforme, en mars 2017 : « Le sujet de l’immigration ne devrait pas inquiéter la population française. (…) L’immigration fait partie du monde dans lequel nous vivons. (…) De surcroît, l’immigration se révèle être une chance d’un point de vue économique, culturel, social. »

Faible taux d’expulsions

Si Macron, en flagrant déni, a la mémoire courte, une âme charitable fera bien de lui rappeler que pour plaire à son aile gauche, c’est lui qui avait étendu en 2018, le regroupement familial aux frères et sœurs des mineurs étrangers non accompagnés. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et Macron a mis de l’eau dans son vin. Lors d’un déplacement à Mayotte, en octobre 2019, il s’était fixé pour objectif de réaliser 100 % des obligations de quitter le territoire français à la fin de son quinquennat. Aujourd’hui, il en est loin.

Sur environ 120 000 demandeurs d’asile par an, 20 000 obtiennent le statut de réfugiés, 20 000 quittent le territoire et 80 000 y restent illégalement. Fin 2020, la commissaire européenne aux Affaires intérieures avait estimé que le taux d’exécution moyen d’une décision d’expulsion est de 30 % en Europe mais chute à « 13, 14 % pour la France ».

Macron n’a donc plus d’autre choix que d’enfiler sa bouée de sauvetage et de surnager, face au retour de la vague migratoire, pour éviter de couler.

Parler Franc

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