Laïcité : la fin d’une exception française en Europe ?

Selon l’institut Ifop, la laïcité ne semble plus faire école parmi les lycéens de l’hexagone, a fortiori chez les jeunes de confession musulmane. Un recul très inquiétant.

52 % des lycéens français se disent aujourd’hui favorables au port de signes religieux ostensibles dans l’enceinte scolaire. Soit deux fois plus que le reste de la population.

A en juger par le sondage Ifop pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) révélé mercredi, la laïcité a du plomb dans l’aile républicaine. Pourtant, même la Cour Européenne des Droits de l’Homme (Cedh) a reconnu dans plusieurs affaires, la conformité à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme du principe de laïcité « à la française », qui consacre la séparation du politique et du religieux depuis la loi de 1905.

En témoigne l’arrêt Ebrahimian c. France rendu le 26 novembre 2015 : une salariée dont le contrat n’avait pas été renouvelé au motif qu’elle ne voulait pas renoncer à porter le voile, avait saisi la Cedh. Laquelle avait jugé que la neutralité exigée pour les agents du service public hospitalier français n’était pas contraire à l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.


Grand écart confessionnel


Oui mais voilà, l’eau a depuis, coulé sous les ponts, entraînant les jeunes générations, loin des principes laïcs avalisés ou non par la Cedh. Plus problématique, le sondage de l’Ifop révèle que le clivage n’est pas qu’une question d’âge. Les lycéens qui se revendiquent musulmans sont favorables à 88 % au port du voile au lycée. Ils sont aussi plus de 80 % à estimer que les lois qui encadrent la place de la religion discriminent l’islam alors que les chrétiens ne sont que 20 % à penser cela pour leur religion. Autre donnée significative : dans les zones d’éducation prioritaire où les musulmans sont les plus nombreux, une majorité d’élèves, toutes origines confondues, rejoignent les opinions de leurs camarades. Pour François Kraus, directeur du pôle « politique/actualités » à l’Ifop, ces données traduisent « une forme d’américanisation » des mentalités qui conduit les jeunes à mettre d’avantage en avant « le droit à la différence et le respect pour les minorités. » (La Croix)


Autocensure


D’autres spécialistes comme Bernard Ravet, délégué éducation de la Licra et ancien chef d’établissement y voient « un échec des politiques éducatives à promouvoir les valeurs républicaines » (Le Monde). Progression de l’autocensure nourrie par la peur, l’indifférence, la crainte de stigmatiser… 49 % des professeurs du secondaire affirmaient d’ailleurs en janvier dernier, s’être déjà autocensurés dans leur enseignement des questions religieuses, pour ne pas provoquer de possibles incidents en classe ! Soit 13 points supplémentaires depuis 2018. Ce n’est pas un hasard si en 2020, 935 atteintes à la laïcité ont été enregistrées en France. Dans un pays qui compte la plus grande communauté musulmane d’Europe, les jeunes permettent à l’islam politique, d’avancer ses pions sur l’échiquier de l’école et de l’université, sur fond de discours victimaire lancinant.


Repentance

 

Au nom d’une prétendue « islamophobie », un nombre croissant de jeunes non musulmans considèrent que s’opposer au port du voile ou caricaturer le prophète de l’islam est raciste.

Barbara Lefebvre, enseignante et essayiste en est, elle, persuadée : « la repentance et la culpabilité occidentale nous retombent dessus à travers l’expression de ces minorités qui refusent d’être dominées par une majorité. On n’a que ce qu’on mérite… » Et d’ajouter : « Depuis 30 ans, monte dans le pays un courant de pensée diversitaire consistant à glorifier l’individu par rapport au collectif, le droit à la différence plutôt que l’obligation d’assimilation, la singularité exacerbée. L’école en est le reflet. » (Sputnik). Territoires perdus de la République ou République perdue ?

Le 20e siècle s’est ouvert sur la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il ne faudrait pas que le siècle suivant se referme sur la victoire des intégrismes.

Parler Franc

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