Le Christ ressuscite, Bouddha se réincarne, Macron se réinvente

Le Christ ressuscite, Bouddha se réincarne, Macron se réinvente

17 avril 2020 | Tribunes

Avec 2 minutes de retard symboliques par respect pour le moment d’applaudissement pour nos soignants… Et plusieurs mois de retard bien réels pour réagir à l’épidémie, le Président de la République des sans masque a, pour la 3ème fois, pris la parole. Quelques notes d’une Marseillaise martiale ont annoncé son apparition, bronzée, sur le champ de bataille de la Marne médiatique.

Il a égrené quelques inévitables banalités de circonstances et n’a rien proclamé d’essentiel. Sinon la date historique du 11 mai, du joli mois de mai, avec son muguet et peut être, hélas, ses chrysanthèmes. Date de la libération ? Nous allons donc lever en mai le confinement – si la pandémie le veut bien -, sans masque pour tout le monde, malgré l’avis de l’Inserm… À moins d’aller les acheter dans les supermarchés ou les épiceries du Maroc où ils sont en vente libre… Pauvre France !

Le prétexte de l’inégalité dans le travail scolaire des gosses à la maison pour lever leur confinement est puéril au regard des risques encourus par eux et les autres ; les plus jeunes, tout le monde le sait, sauf apparemment le Président, sont des porteurs asymptomatiques. Du reste, le Conseil de l’Ordre des Médecins s’oppose à une réouverture précoce des écoles. En vérité, on veut remettre les parents au boulot et donc les délester du boulet des enfants à garder à la maison. Cette première ligne des travailleurs sacrifiés sera-t-elle protégée par les masques, les tests ? On recevra les 2 milliards de masques dans… 2 ans ! Il serait grand temps que l’on possède un état précis, certifié, de notre stock de tests et de masques ! Au passage, il faut garder dans sa mémoire de Mule du Pape, qu’en mars 2020, on a raté l’importation de masques parce que les hauts fonctionnaires de la santé n’ont pas répondu aux mails des entreprises françaises (source : Médiapart).

Allez comprendre ! On séquestre Manu militari les festivals, les universités, les restaurants, les cafés, mais on lâche quelque 12 millions d’élèves dans le nuage noir de la pandémie ; peut-être avec l’espoir qu’ils respecteront les gestes barrières en jouant à chat-covid pendant la récré ?
On n’y comprend plus rien, mis à part les « je sais tout » des plateaux télé qui savent toujours tout, à toute heure du jour et de la nuit. On a le sentiment que le gouvernement nous a menti (80 % des Français le pensent) sur ce qu’il savait, et qu’il n’ose avouer qu’il décide sans voir, sans savoir, surtout sans pouvoir. La certitude triste, c’est qu’à partir de ce que nos gouvernants savaient, ils ont géré comme des nuls : nuls en masques, nuls en gel, nuls en fermeture des frontières, nuls en blouses, nuls en communication, nuls en autorité sur les chefs de gare administratifs qui se gourent d’aiguillage, compliquent tout, et font souvent dérailler les projets utiles. Quand on pense qu’il n’y a toujours pas consensus sur la chloroquine !

Les mêmes qui, prévoyants, en février/mars commandaient sous le commandement de Castaner pour 3,6 millions d’euros de… gaz lacrymo ! (On peut comprendre la nécessité, mais franchement il n’y avait pas urgence !). Or, depuis décembre, la sirène d’une alerte européenne avait sonné ! Pour peu, on rirait jaune ! Pas étonnant que, comme nous, Macron ait « vu des ratés » ! Les ratés qui ont réussi ne manquent pas autour de lui. Et, ce sont ces ratés, comme le dit Bernanos : qui « ne nous rateront pas » !

Pour lutter contre cette engeance qui n’est pas incarnée par des personnes mais par des faits, selon le Président, il faut… « se réinventer » … Avant qu’il ne se réinvente pour la énième fois, j’aimerais savoir comment il a pu s’inventer cet éventail à platitude ? Il symbolise à lui seul le concours Lépine de la réinvention politique. Le Christ ressuscite, Bouddha se réincarne, Macron se réinvente. S’ils pouvaient toucher terre, ceux qui nous gouvernent et revenir à des choses simples, à des évidences de bon sens, autant dire que cela nous ferait du bien : la souveraineté, les frontières intelligentes, le terroir, le local, le parler franc, la famille, le chez-soi, le pays.

Comme tout un chacun, je ne suis certes pas le plus objectif des hommes, mais, franchement, de vous à moi, je n’ai pas perçu dans la voix normative du Président la moindre once d’un sentiment douloureux. Pour le résumer simplement, aucune peine d’autrui.

Désolé ! Ça sentait le monologue notarial de théâtre avec prompteur dans le trou du souffleur, ça sentait l’exercice académique. Force morale du verbe qui révèle la puissance intérieure de l’action, on t’attend toujours… Ce n’est pas, il est vrai, tous les jours le 18 juin !

Gilbert Collard
Ancien Député de la Nation
Député français au Parlement européen