Quand les César sonnent le glas du cinéma européen

Quand les César sonnent le glas du cinéma européen

Entre discours politisés et blagues scatologiques, cette cérémonie des César qui devait célébrer le 7e art a été le théâtre d’un spectacle affligeant.

Tout le monde l’attendait. Beaucoup s’étaient battu pour qu’elle ait lieu. Un an après la polémique autour de l’affaire Polanski ; un an après l’extinction des projecteurs pour cause de mesures sanitaires, la 46e édition des César aurait du être une fête. Elle s’est ouverte sur la piteuse image d’une maîtresse de cérémonie – Marina Foïs – qui a feint de ramasser une crotte emballée dans un tissu doré, en s’exclamant : « Elle a laissé traîner la merde de la dernière fois, Florence Foresti ! » Dès lors, le ton était donné. Et la soirée n’a été qu’une interminable succession de sketchs qui resteront hélas, dans les annales du cinéma. « Est-ce que la taille, ça compte ? », « N’oublions pas que sans la lumière, la coloscopie ne serait qu’un trou noir. » Sans oublier l’intervention de Nathalie Baye, invitée à répondre dix fois qu’elle était bien « une mère de… ».

Pipi, caca et panpan cul cul

Clou d’un spectacle qui a crucifié net, les rares téléspectateurs dans leur fauteuil, Corinne Masiero, l’héroïne de la série « Capitaine Marleau » – et non Malraux -, a surgi tampax aux oreilles et peau d’âne sur le dos. « No culture, no future » côté face. « Rends-nous l’art, Jean » côté pile, elle a cru bon de se déshabiller pour dénoncer la condition des intermittents. Comme si la défense de la culture se résumait au mot cul. La suite, on la connaît. Des violences policières aux migrants, des pesticides à l’islamo-gauchisme, d’Adama Traoré à Michel Zecler, et de la légitimation du déboulonnage des statues à la glorification des minorités, chacun y est allé de sa bonne cause… En oubliant celle du septième art.

Les bobos gauchistes font leur cinéma

Chiara Mastroianni a même donné la parole à la CGT Spectacle, accentuant l’impression d’un meeting politique et d’un festival d’entre-soi où ceux qui étaient là pour récompenser les autres ont passé leur temps à tirer la couverture sur eux, au lieu d’actionner le signal d’alarme. Sorties différées de nombreux films, carrières atrophiées par la fermeture des salles… Le cinéma crève, et la culture avec lui. Avant la covid, le secteur culturel européen était en plein boom, riche de 700 000 emplois créés en six ans. L’Europe exportait alors plus qu’elle importait de biens et services culturels. Soit un bénéfice net de sa balance commerciale autour de 28 milliards d’euros, selon la dernière étude « Rebuilding Europe » du cabinet d’audit EY. Depuis, ce secteur a perdu en un an environ 31 % de son chiffre d’affaires, ce qui en fait l’un des plus affectés par la crise en Europe.

Adieu les cons et vive les morts

Dans ce contexte, la 46e édition des César aurait du servir de moteur pour donner l’envie au public de renouer avec le cinéma. Au lieu de quoi, elle l’a fait fuir, réalisant l’une de ses pires audiences des dix dernières années et s’attirant une pluie de critiques sur les réseaux sociaux. Lumières au coeur de cette funeste soirée, seuls les morts ont brillé par leur présence : les Piccoli, Bacri, Dabadie, Carrière, Brasseur, Hossein, Bedos, tous les grands acteurs, réalisateurs et scénaristes qui nous ont quittés récemment mais dont l’image nous rappellera toujours pourquoi on aime le 7e art. Et pourquoi les absents n’ont pas toujours tort. A l’image d’Albert Dupontel, grand vainqueur de cette soirée avec sept récompenses pour « Adieu les cons ». Un titre on ne peut plus approprié.

Parler Franc

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