Strasbourg, capitale européenne de l’entrisme turc

Strasbourg, capitale européenne de l’entrisme turc

10 avril 2021 | Europe Info France, Tribunes

En versant son obole à la construction d’une mosquée turque, la Ville de Strasbourg apporte une pierre à l’édifice de l’offensive politico-religieuse d’Erdoğan en Europe.

« Dégenrer » les cours de récréation (Eric Piolle à Grenoble), supprimer le sapin de Noël (Pierre Hurmic à Bordeaux), critiquer le Tour de France (Grégory Doucet à Lyon) ou couper les ailes aux rêves aéronautiques des enfants (Léonore Moncond’huy à Poitiers)… Certains khmers verts nous font rire jaune. D’autres nous font voir rouge.

Ainsi, la municipalité écologiste de Strasbourg a clairement annoncé la couleur en votant le principe d’une subvention de 2,5 millions d’euros pour permettre l’édification de la Grande Mosquée Eyyûb Sultan. Un projet pharaonique d’un coût de 32 millions d’euros, porté par l’association Millî Görüs.

L’Alsace, terre turque

Le choix turc d’établir la plus grande mosquée d’Europe à Strasbourg est tout, sauf anodin. Implanté à deux pas du Parlement européen, l’édifice entend, à grand renfort de minarets et de coupoles ostentatoires, montrer aux yeux du monde, la capacité conquérante de l’islam politique briguée par son néo calife. Souvenons-nous du meeting dErdoğan dans cette ville en octobre 2015, lorsqu’il avait enjoint la diaspora turque à ne pas s’assimiler.

Le nom d’Eyyûb Sultan, ne doit d’ailleurs rien au hasard. C’est ainsi que s’est appelée la première mosquée construite par les Ottomans à Istanbul après la prise de Constantinople en 1453, date de la chute de l’Empire romain d’Orient face à l’Islam. Du reste, dans notre pays qui regroupe la deuxième communauté turque d’Europe après celle de l’Allemagne, le phantasme d’Erdoğan semble gagner du terrain, notamment en Alsace. A Bischwiller, par exemple, près d’un habitant sur trois est turc ou d’origine turque. Ce qui a valu à la commune le surnom de « Turkwiller »…

L’imposture du Concordat

En attendant, après moi le déluge. Face à une pluie de critiques, la maire de Strasbourg a ouvert le parapluie du Concordat et crachouillé que depuis 2008, 22 millions avaient été versés aux cultes. Sous entendu : la Ville ne ferait qu’appliquer un principe d’égalité. La belle affaire. Le Concordat n’autorise pas tout. Surtout pas la complaisance avec Millî Görüs, une association islamiste proche d’Erdoğan et des Frères musulmans, qui a refusé de signer la « Charte des principes de l’islam de France ». Ce que personne n’ignore, à l’exception de Jeanne Barseghian qui a juré que ni le ministre de l’Intérieur, ni la préfète, n’ont émis d’alerte particulière sur l’association Millî Görüs.

« Et quand bien même il y aurait un risque d’ingérence étrangère, prouvé, c’est à la sécurité nationale d’agir, pas à une municipalité qui n’a pas de service de renseignement » a t-elle ajouté.

Au petit jeu du clientélisme, chacun se renvoie la balle. La préfète du Bas-Rhin a assuré avoir mis en garde la maire de Strasbourg au sujet de cette association, que Darmanin accuse lui, d’être « non conforme aux valeurs républicaines » sans pour autant la dissoudre. Les élus qui font mine aujourd’hui, de s’opposer à la subvention, étaient membres du précédent conseil municipal qui a accordé le permis de construire de la mosquée. Et ainsi de suite.

État providence

A ceux qui auraient la mémoire courte, Libération rappelle que la préfecture du département a donné son feu vert en 2019, à l’association Vision, une composante de Millî Görüş Grand Est, pour l’ouverture d’une école élémentaire privée hors contrat. Le même quotidien révèle que l’État a conclu fin septembre avec le Conseil régional du culte musulman d’Alsace, une convention de partenariat pour des actions de sécurité routière à destination des jeunes. De leur côté, Les Dernières Nouvelles d’Alsace relatent qu’en 2020, la Direction régionale et départementale de la jeunesse et des sports avait versé 2 500 euros à Millî Görüş Grand Est. Enfin, Le Canard enchaîné a enfoncé le clou le 31 mars, en déterrant une subvention de 22 400 € pour des opérations de « prévention de la délinquance », allouée en 2019 à Millî Görüs par… le ministère de l’Intérieur.

Pyromane en série, le jour où elle votait son obole à la Grande Mosquée, la mairie de Strasbourg a également mis le feu aux poudres dans la communauté juive, en refusant d’adopter la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale de la mémoire de l’Holocauste. « Rejeter cette définition, c’est revenir à un sombre passé » a déploré Shimon Samuels, qui dirige le centre Simon-Wiesenthal, organisation de lutte contre l’antisémitisme reconnue par les Nations unies. Comme quoi, il ne suffit pas de porter le titre de capitale européenne des droits de l’Homme pour en appliquer les principes.

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